Dans le contexte de la campagne électorale à la Ville de Québec, qui conduira, le 2 novembre 1997, à accorder un nouveau mandat de quatre ans pour son maire, COMMERCE MONDE a voulu questionner les candidats avec une regard international. Cinq questions écrites ont donc été envoyées à chacun des trois candidats, messieurs Georges Lalande, Jean-Paul L'Allier et Jean-Guy Lemieux. Deux ont fait parvenir leurs réponses. L'actuel maire de Québec, monsieur Jean-Paul L'Allier a choisi de ne pas répondre à nos questions.

Question 1

La région de la capitale comme partout ailleurs vit à l'heure de la mondialisation. Comptez-vous être pro-actif en la matière et faire une priorité de cet enjeu? À quoi vous engagez-vous?


La ville de Québec, non seulement à cause de sa position de ville-centre, de capitale, mais également en tant que porte d'entrée de l'Est du Canada a un rôle significatif à jouer au plan international.

Elle dispose de différents atouts, notamment des infrastructures de transport d'importance, comme l'aéroport international Jean-Lesage et le port de Québec.

Une administration du Progrès civique de Québec accordera une place de choix au développement international de la région, principalement auprès de son réseau premier d'appartenance constitué des grandes villes nord-américaines. Ce secteur d'activité économique est négligé par l'actuelle administration municipale de sorte que notre région ne peut atteindre son plein potentiel de développement. À ce titre, la région de Québec est même en retard sur les agglomérations du Nouveau-Brunswick (St.-John's), de la Nouvelle-Écosse (Halifax) et de l'Ontario (Toronto et Hamilton).

À l'heure de la mondialisation, Québec se devra de maintenir d'accueillir et de développer les activités d'entreprises de ses secteurs les plus compétitifs, certains nouveaux créneaux touristiques, les sports et le loisir, l'exportation des technologies de pointe, les arts reliés à son expertise dans le domaine de l'administration publique.


Le P.C.Q. entend favoriser l'émergence de compagnies exportatrices en redorant, à l'image de Boston, le blason des sites qui pourraient les accueillir. Nous voulons créer un environnement favorable qui mettra l'accent sur la qualité de vie des travailleurs et des résidents. Bref, nous voulons offrir des conditions d'accueil qui compétitionnent avantageusement celles présentées par les autres municipalités.

 

Question 2

En tant que maire de la plus importante ville de région, quel genre de leadership comptez-vous exercer afin d'améliorer la compétitivité internationale de la région et d'y favoriser le développement des activités internationales?


Il faut d'abord rappeler que l'administration actuelle de la ville de Québec n'a pas de plan d'action en matière de relations internationales et qu'elle est insensible aux problèmes économiques; déjà là, il y a fort à faire.

Nous remettrons le développement économique en tête des priorités en nous démarquant sensiblement de la vision passéiste de l'administration actuelle. Il faut bien comprendre que la Ville constitue ce que l'économiste Jane Jacobs appelle la base de la richesse des nations et que le rôle principal des villes d'envergure est entre autres d'effectuer la substitution des importations, de générer le développement par l'innovation et d'optimiser la compétitivité des produits locaux ici et ailleurs.

La Ville devra offrir des services d'affaires aux entreprises, adaptés à leurs besoins, afin d'en favoriser l'expansion pour que Québec redevienne un pôle majeur de créativité, de savoir-faire et d'exportation de nos produits. Cette nouvelle activité sera bénéfique aux résidents de toute la région, notamment par la création d'emplois, l'augmentation du produit intérieur brut (P.I.B.) régional et la valeur accrue des parcs immobiliers, industriels, commerciaux, institutionnels et manufacturiers.

Le Maire de Québec doit s'impliquer personnellement comme leader pour concrétiser les réponses administratives nécessaires à l'intensification des activités économiques locales et régionales. Cette réforme devra fondamentalement s'orienter vers une simplification des processus administratifs et l'implantation de voies d'accès privilégiées entre la ville, ses créateurs de richesse et ses réseaux internationaux d'appartenance.

À cet égard, nous préconisons notamment la restructuration du Centre de développement économique et urbain en créant un véritable centre d'affaires indépendant (Société municipale de développement économique) avec les outils nécessaires, faisant appel aux principaux décideurs de la région et présidé par le Maire lui-même. C'est une condition incontournable pour renforcer la compétitivité de la ville de Québec sur le plan international. Nous proposons aussi la présence de Québec aux missions internationales du Québec et du Canada.


Un leadership personnalisé, c'est-à-dire présent au coeur des décisions qui concernent l'avenir de Québec. Il est important que le maire crée des réseaux d'affaires et fasse des démarches personnelles afin d'attirer de nouvelles entreprises. Jean-Guy Lemieux s'engage à faire preuve de dynamisme et d'agressivité à ce sujet.

 


Question 3

Que pensez-vous de l'idée de doter la région de Québec d'une zone spéciale (zone franche, zone d'entreprise, zone d'exportation, etc.) offrant divers avantages visant à aider les entreprises locales à développer de nouveaux marchés et à y attirer de nouvelles entreprises étrangères?



La Société de promotion économique du Québec Métropolitain (SPEQM) a identifié huit créneaux de développement allant du secteur biomédical aux technologies de l'information en passant par la pétrochimie, la plasturgie. L'actuelle administration municipale de Québec aurait eu intérêt à y accorder une attention particulière afin de favoriser l'implantation ou l'expansion d'entreprises oeuvrant dans ces secteurs. Ceci pourrait favoriser le développement de zones urbaines en difficultés par la venue d'entreprises dont les besoins sont compatibles avec les caractéristiques de la main-d'oeuvre sur place. Cette dynamique nécessitera qu'une partie de l'effort soit tournée vers la formation et le recyclage de la main-d'oeuvre locale.

Devant l'exemple récent du Michigan, qui a décidé de créer 11 zones franches exemptées de presque toutes les taxes d'État et municipales, la ville de Québec devra tout mettre en oeuvre pour implanter une telle zone d'entreprises d'exportations (ZEE). L'agglomération de Québec est très orientée sur les services et particulièrement la formation. Elle excelle en matière d'innovation et d'idées créatives mais elle n'est pas concurrentielle quant arrive le moment d'en manufacturer le produit et d'en favoriser l'exportation.

Après avoir relevé le défi du virage technologique, nous devrons relever celui de l'ouverture au commerce international et à l'exportation. Pour y arriver, un outil comme la zone spéciale élargie ou zone d'entreprises d'exportation, apparaît fort indiqué d'autant plus qu'il est générateur d'emplois au niveau local et régional et ainsi que de liens techniques et financiers des plus pertinents à notre rayonnement mondial et plus particulièrement sur la scène Nord-Atlantique.

Des négociations devront être enclenchées avec le gouvernement du Canada, pour la levée de certaines barrières tarifaires nécessaires à l'implantation d'une telle zone. Nous croyons être l'interlocuteur le plus crédible pour la ville de Québec et son agglomération à cet égard.


Nous sommes tout à fait d'accord avec cette idée. Nous croyons qu'il faut absolument revitaliser le Port de Québec qui est désormais laissé à lui-même. L'idée de la zone franche ne date pas d'hier. Cependant, aucun des intervenants concernés n'a réussi à dégager les concensus nécessaires à son implantation. Nous voulons recréer ce leadership.

 


Question 4

Allez-vous intensifier l'implication de Québec au sein d'organismes ou d'associations à caractère international? Si oui, lesquels?


L'implication de la ville de Québec au sein d'organismes internationaux à caractère économique est à peu près inexistante. Québec est la seule ville majeure du réseau canadien qui n'est pas doté d'une instance regroupant des élus municipaux bien branchés sur les milieux d'affaires et les créateurs d'emplois et de richesse. Au contraire, tout semble être mis en oeuvre pour freiner la venue d'investisseurs; c'est ce que me confirment les milieux d'affaires depuis plusieurs mois et en bout de piste, ce sont les chômeurs qui en souffrent.

Ceci dit, il est important de continuer à faire la promotion des organismes du milieu pour intensifier nos actions. Nous devrons d'abord multiplier la prospection pour cibler les plus prometteurs, ceux qui nous garantissent le meilleur rendement sur notre investissement, particulièrement en terme de création d'emplois. À titre d'exemples, il y aurait lieu de développer les secteurs et activités suivants: métiers du patrimoine, Sommet de la Francophonie, Fondation sur les biologies maritimes et médicales, les espaces internationaux et les recherches d'antenne. Il faut absolument mettre à profit tous les espaces dans le réseau Nord-Américain.



Nous croyons fermement que Québec, à titre de Capitale, doit continuer à entretenir des liens privilégiés avec les organismes à vocation internationale. Le rayonnement de la Ville de Québec réside dans une collaboration ouverte et franche avec ces organismes.

 


Question 5

Quel sera votre politique en matière d'immigration internationale et d'accueil des immigrants?


Il est démontré que l'immigration est bénéfique à plus d'un titre. Elle génère notamment de l'activité économique et ceci est particulièrement important pour une ville comme Québec, dont la population a diminué depuis 1991, notamment dans les quartiers centraux.

À ce chapitre, les gestes de l'administration actuelle ont été uniquement symboliques et de tape-à-l'oeil par l'adoption d'une politique d'immigration qui n'a pas connu de succès.

Pourquoi? D'abord parce que les immigrants ne connaissent pas la région de Québec et qu'aucun effort n'a été fait par l'administration actuelle pour les attirer. Ensuite, parce que les nouveaux arrivants vont s'établir là où ils ont de véritables opportunités de s'épanouir et des possibilités de travailler et de faire vivre leur famille. De ce point de vue; il faut reconnaître que la ville de Québec n'offre pas une image de dynamisme.

S'occuper d'immigration est une fonction d'une capitale digne de ce nom, il faut donc l'optimiser et lui donner une haute priorité dans une démarche de consolidation de nos acquis de capitale qui nous sont propres et exclusifs. De plus, cette attitude positive face aux immigrants contribuent à donner une image positive pour attirer les investissements et peut nous procurer des outils opportuns pour l'insertion et l'accueil des nouvelles entreprises de l'extérieur ainsi que leurs cadres et agents de liaison.

Dans la foulée de la politique de décentralisation du gouvernement du Québec à l'égard des nouveaux immigrants, la région de Québec devient l'alternative à la région de Montréal. L'immigration nous fournit de plus l'occasion de bien asseoir nos réseaux de stages, d'échanges et de partages d'expériences, notamment sur le plan économique, socio-culturel et humanitaire. Il faut désormais bâtir à partir de ce qui se fait déjà avec les différentes communautés.


L'immigration est une compétence de ressort provincial. Il appartient d'abord à ce niveau de gouvernement de définir les grandes orientations dans ce secteur. Nous croyons que Québec est une ville ouverte sur le monde et doit demeurer, conformément aux idéaux démocratiques qui l'anime, une terre d'accueil tournée vers le reste du monde.