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Accès USA: le Maine fait école par Daniel Allard |
"C'est à l'État du Maine que revient l'honneur d'avoir accueilli la plus imposante mission à l'étranger de représentants de PME québécoises", pouvaient conclure les organisateurs de la 3e édition de Co-Entreprise, la rencontre d'affaires annuelle entre le Maine et l'Est du Québec. L'événement, qui alterne et qui s'est déroulé pendant deux jours au Samoset Resort, dans la petite ville côtière de Rockport, en avril dernier, regroupait plus de 400 gens d'affaires. Ce qui augure très bien pour Co-Entreprise 98, qui devrait remplir le Château Frontenac fin avril 98, à Québec. Avec une trentaine de PME de chacune des régions du Bas-Saint-Laurent, de la Beauce, de Chaudière-Appalaches et du Québec métropolitain, les représentants d'entreprises québécoises étaient en force devant leur vis-à-vis du Maine. Qu'est-ce qui fait donc courir ainsi les PME de l'Est du Québec? Opportunités d'affaires Le Maine vient au 34e rang de l'ensemble des partenaires commerciaux du Québec, avant le Brésil et la Belgique, avec 800 millions $ d'échanges de biens en 96. Les exportations québécoises de 504M$ et les importations de 296M$ en 96 étaient légèrement en baisse (508M$ et 304M$) sur 1995, mais démontrent une croissance importante de plus de 50% depuis 1993 (304M$ et 209M$). Avec une population de 1,2 million d'habitants, dont plus de 50% vit en milieu rural - Portland, la ville la plus peuplée, compte 62 000 habitants, contre 21 000 à Augusta, la capitale - le Maine a une économie principalement centrée sur le secteur forestier, les pêcheries, le cuir et le tourisme. Les matières en bois brut ont représenté 52% (154M$) des produits que le Québec importait du Maine l'an dernier. Mais le secteur électronique se classe maintenant au second rang de ses ventes internationales, juste derrière le papier. Au cours des deux dernières années, le secteur des biotechnologies y a aussi connu un essor remarquable. En 96, il a atteint une progression de 30% et créé plus de 700 emplois de haut niveau. Avec une cinquantaine de compagnie oeuvrant dans ce domaine, le Maine se classe au neuvième rang de ce secteur aux États-Unis. "Le secret le mieux gardé" de l'économie de l'État, selon les dires du gouverneur, compte d'ailleurs la firme IDEXX - en systèmes de détection et d'analyse pour les cliniques vétérinaires, les laboratoires d'animaux et l'environnement - qui est parmi les dix plus importantes compagnies en biotechnologies au monde! Depuis 1996, une réforme du secteur de la santé a été mise de l'avant par le gouverneur. Elle facilitera le développement d'unités de soins communautaires destinées aux anciens patients -plus de 2 000 personnes- d'institutions de santé mentale. Côté environnement, l'élimination des décharges de dioxine dans les cours d'eau demeure la priorité. Une entente négociée entre l'État et l'industrie du bois imposera sous peu l'une des réglementations les plus sévères aux États-Unis. Tout ces éléments font partie de ce qu'ont constaté de visu les gens d'affaires ayant répondu à l'invitation de la Société de promotion économique du Québec métropolitain (SPEQM), de l'Association régionale des commissaires industriels Chaudière-Appalaches inc. (ARCICA) ainsi que de Chaudière-Appalaches EXPORT, organisateurs au Québec de Co-Entreprise 97. La curiosité et la proximité d'un marché à l'exportation est ce qui résume le mieux l'état d'esprit des entrepreneurs. "C'est bon pour faire nos classes", résume Pierre Verreault, président d'Imprimerie Moderne De Beauce, qui avait fait le premier pas à Québec l'an dernier et qui confirme depuis son partenariat avec Perry & Banks, une firme de publicité/marketing avec qui il réalise des contrats, mais surtout valide la justesse de ses stratégies. Avec Sylvie Paré, qu'il a engagé comme responsable à l'exportation, il développe sans regret son projet d'expansion à l'étranger. C'est dans le même esprit que Marjolaine Bastille était présente à Rockport, avec ses pâtisseries de la Boulangerie St-Méthode. De son expérience, elle retient l'importance d'étendre sa vision à l'ensemble du marché de la Nouvelle-Angleterre. Tout en gardant un oeil sur le Maine, elle a depuis conclu des affaires à Chicago et négocie présentement au New Hampshire. A l'inverse, le Maine a été payant à la première occasion pour Louise Bernier, des Vêtements Sports Xtrem, qui a lancé son entreprise haut de gamme l'an dernier à Charlesbourg et qui grâce au système de "matchmaking" de Co-Entreprise s'est trouvée un agent distributeur et a réalisé des ventes. Déjà aguerri avec les États-Unis, Simon LaRoche, directeur chez Distributions Securi Sport, de Charlesbourg, avait décidé à Rockport de ne plus compter sur son partenaire américain, voulant dorénavant développer lui-même ce marché. "Notre présence a été très positive. Rien de concret, mais nous continuons à développer nos contacts pour ce marché" explique-t-il quatre mois plus tard. Depuis Rockport, Jonathan Gagné, représentant Les fibres Maya de St-Lambert en Beauce, est devenu distributeur exclusif au Canada du nouveau panneau en fibres de verre, unique en Amérique, qu'il destine d'abord pour des portes de remorque de camion plus légères et durables. Il s'apprête maintenant à entrer en production. |
Faisant plutôt dans les travaux lourds, Mario Mordente, président de Sablynx, une nouvelle entreprise incorporée en février, n'a pas regretté son neuf heures d'autobus depuis Rimouski. Il y a un an, il était encore directeur du Service d'inspection métallique chez Soprin-ADS, à Montréal. Détaché l'automne dernier pour tenter de redémarrer l'entreprise Sablinex de Guy Rousseau, il en a finalement, à 34 ans, racheté les actifs pour 1,8M$, sauvant 25 emplois, avec trois autres actionnaires. L'exportation est loin d'être son premier défi, mais "j'ai trouvé qu'ici il font à 8$US le pi2 ce que je fais pour 1 à 4$CAN", expliquait-il emballé. Il rentrait à Rimouski avec en poche une invitation pour une démonstration avec ses machines de sablage et peinture et sa nacelle d'inspection de ponts, unique au Canada.Il confirmait récemment qu'il comptait enfin montrer ses engins aux gens du Maine, fin septembre ou en octobre. Partenaires dans l'industrie touristique pour une French Language Trail ! Le Premier Ministre du Québec Lucien Bouchard, qui profitait de la tenue de Co-Entreprise 97 pour effectuer au Maine une première visite officielle, lançait par ailleurs l'étude d'un projet d'exploitation historico-touristique des 200km de la route Chaudière-Kennebec/ Routes 173 (Qc) et 210 (Me).Le Gouverneur du Maine, Angus King, à qui on a dit que 500 000 touristes français débarquaient au Québec chaque année, rêve maintenant d'en attirer 10% au Maine. Lucien Bouchard n'a pas dit non, acceptant de créer un groupe de travail. Cette French Language Trail voudrait amener les Européens chez nos voisins. "Arrivant au Québec, ils pourraient finir leur voyage en Amérique au Maine et prendre leur avion de retour à Portland", a lancé le gouverneur. Quatre mois plus tard, on confirme au bureau du Premier ministre qu'un comité d'un dizaine de fonctionnaires des deux parties travaille sur le dossier. L'exploitation conjointe de la route Chaudière-Kennebec, qui compte plusieurs dizaines de sites historiques en grande majorité non exploités, constituerait un nouveau produit touristique permettant de mener des actions de promotion communes. L'enjeu du gaz naturel Le cas du gaz naturel est à lui seul très édifiant quant au potentiel qu'offre un rapprochement plus important entre les deux voisins de frontière. Dans une perspective uniquement "états-uniennes", le Maine représente l'extrémité du réseau, un partenaire éloigné et plus coûteux à desservir. Mais dans une perspective continentale, le Maine et le Québec sont au coeur du réseau pour rallier l'Ouest canadien avec tout l'Est des USA! Mais cette perspective ne fait pas consensus quant au tracé du projet d'exploitation du gaz de l'Île de sable, dans l'Atlantique. C'est manifestement le dossier chaud à suivre entre le Maine et le Québec. Mission commerciale avec des Belges Le Québec et la Communauté française de Belgique avaient par ailleurs décidé de mener en commun, dans le cadre de Co-Entreprise 97, une mission commerciale "jeunesse". Il s'agit de la première phase d'un échange "bilatéral en pays-tiers" qui conduit quatre jeunes opérateurs économiques de Belgique, tous formateurs en entreprise, à développer pendant deux semaines leur connaissance du marché nord-américain. La seconde phase de l'échange mènera en stage autant de Québécois en Belgique, en octobre, dans la région de Liège. Quatre jeunes Franco-américains doivent également se joindre à ce groupe. L'ouverture d'une antenne du Forum francophone des affaires (FFA) dans l'État du Maine, avec la création du Comité national américain, justifiait également cette présence francophone. Grâce au financement de l'Agence Québec/Wallonie-Bruxelles pour la jeunesse, qui coordonne l'initiative, les quatre stagiaires belges, Daniel Ciancio, Véronique Lesne, Xavier Nicolay et Xavier Vandresse ainsi que leur pendant de la région de Québec, Jean Carrier, Stéphane Gaudreau, Marie Lozier et Natalie Quirion, ont pu mieux connaître le Maine. Ce type d'effort pour générer le développement de nouveaux marchés grâce à un partenariat "en pays tiers" pourrait se répéter, notamment en Hongrie et à Haïti, confirme Philippe Nayer, délégué de la Communauté Wallonie-Bruxelles en poste à Québec. Le Maine fait école... Le succès rencontré ces dernières années suite au développement des relations Maine-Québec n'est d'ailleurs pas sans inspirer d'autres États américains. En juin, The Plattsburg-North Country Chamber of Commerce, de l'État de New York, venait pour la première fois à Québec, à l'invitation du service commercial du Consulat général des États-Unis. Traditionnellement, cet organisme limitait ce genre d'activité à la région de Montréal. Cette première journée-séminaire dans la capitale a été un succès qu'on tente d'ailleurs de répéter le 9 septembre, à Saint-Georges de Beauce. La fermeture d'une base militaire et la perte de 3 000 emplois qui s'en est suivi rend les spécialistes du développement économique de Plattsburgh particulièrement agressifs envers les entreprises du Québec, n'hésitant pas au passage à jouer la carte de la "tentation de l'exode" suite au dernier référendum. Également armés d'une récente étude chiffrant l'impact économique du Canada sur la région de Clinton County - une injection annuelle évaluée à 785 millions $US - les représentants de Plattsburgh ne courtisent pas avec du vent! A la SPEQM, on confirme que l'État du New Hampshire est également très actif. Pour la première fois, à l'invitation de la New Hampshire International Trade Association et du Consulat canadien à Boston, un groupe d'une dizaine de gens d'affaires de la région de Québec participera à la New Hampshire World Trade Expo, une activité annuelle. "Sept entreprises de la région ont accepté l'invitation de se rendre à Manchester, pour cette journée-rencontre du 9 septembre", expliquait Michel Lafleur, directeur Développement des marchés de la SPEQM, d'ailleurs du voyage ainsi que sa nouvelle adjointe Caroline Lepage. Commerce Québec-Nouvelle-Angleterre en 1996
(Source: Consulat général du Canada à Boston) Avec 989 millions $ d'échanges commerciaux, le Nouveau-Brunswick
est la seule province canadienne qui surpasse le Québec (569M$) au
niveau des affaires avec le Maine. | |||||||||||||||