Commercialiser la technologie à l'étranger

Roche crée ACT International

par Daniel Allard

Une nouvelle société privée, dont la mission est de commercialiser au niveau international les technologies du Québec, est en opération depuis mai 97.

ACT International est en fait une filiale du Groupe Roche, firme de génie-conseil de Sainte-Foy, qui a saisi cette opportunité, identifiée lors de la préparation du Sommet technologique de la région de Québec, tenu en mai dernier, et qui était sous la présidence de Pierre Lacroix, un membre de la haute direction de Roche.

Soulignant le manque de spécialistes formés en marketing international dans le domaine de la technologie, le pdg de la nouvelle société, Benoit Côte, n'hésite d'ailleurs pas à exposer sa crainte d'un exode de notre expertise scientifique. "La formation en marketing international axée sur les technologies fait cruellement défaut au Québec, alors que la gestion commerciale de nos technologies est essentielle pour la survie de nos entreprises", explique-t-il.

"J'ai peur à l'exode, ajoute le pdg, il faut sensibiliser les gens de sciences et faire en sorte de leur offrir ici des défis scientifiques qui vont les garder chez-nous. Il faut aussi générer de l'argent pour financer des projets." Précédemment chez Laboratoires AEterna, il sait qu'une bonne idée ne suffit pas pour atteindre le succès.

"Le propre du chercheur, c'est que le fruit de son travail n'est jamais prêt pour une commercialisation. Il s'enferme, cherche la perfection, alors que le marché, lui, est prêt à recevoir une version de son labeur", analyse-t-il.

Voir une équipe de chercheurs en deuxième ronde de financement ne fait pas de sens, pour lui: "C'est évident qu'ils ont alors manqué de commercialisation".Ce message de Benoit Côte montre froidement que les gens de sciences doivent davantage s'ouvrir au marché: "La science, c'est aussi un objet de consommation, finalement!"

Dans ce contexte, ACT International se veut un complément aux institutions de capital de risque, aux universités et centres de recherche qui investissent temps et argent dans la recherche et l'innovation.

Parlant d'Innovatech, il est d'avis que c'est sans doute le meilleur outil que le gouvernement a créé, "un poumon", mais son travail est surtout au niveau de l'appui au démarrage.

L'équipe d'ACT ne fait pas d'étude de marché, pas de rapport. Elle exécute avec le client une stratégie de commercialisation. Son client-type est passablement avancé dans sa R&D mais toujours actif en la matière. Son brevet est cependant déjà acquis. Idéalement, il est à douze mois de la fin de sa R&D, en phase finale quoi. Pour ses services, ACT demande un pourcentage sur les ventes après coup. L'entreprise compte aussi sur un réseau de partenaires qui est présent dans 80 pays et sert d'antenne à l'étranger.

"Le Québec métropolitain compte environ 300 entreprises en haute technologie et le tiers ont besoin de nous. Le marché est là..." Objectif: 4-5 dossiers actifs par directeur commercial. Doté d'une équipe de cinq personnes à Québec, le pdg sait aussi que ce créneau ne restera pas inoccupé longtemps et c'est pourquoi l'expansion est déjà en route. Il ouvrira dès cet automne des bureaux à Montréal et Ottawa, "avant que d'autres ne développent ces marchés", conclut-il.

Diplôme en entrepreneuriat technologique

Sensible à cette nouvelle réalité des entreprises, l'Université Laval a d'ailleurs lancé un programme de Diplôme de 2e cycle en entrepreneuriat technologique. Offert depuis septembre 1996, il a rejoint une dizaine d'étudiants, des avocats, des comptables, des gens d'affaires. Marthe Lefebvre, de l'équipe d'Entrepreneuriat Laval, explique que ce jeune programme est encore unique au Québec et très peu connu.