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Industrie du 7e art Québec courtise surtout les cinéastes étrangers par Daniel Allard |
Si le Bureau du Film de Québec (BFQ) persiste à orienter 60% de ses efforts de promotion en fonction du marché des productions télévisuelles et des longs métrages étrangers, c'est que l'enjeu en vaut largement la chandelle et que la région a des atouts uniques pour réussir dans ce monde de géants. En opération depuis 1989, le BFQ offre pourtant un bilan plutôt maigre en matière de tournages étrangers à Québec. Compte-tenu des efforts investis, bien des cinéastes sont venus voir mais très peu auront finalement tourné dans la capitale, encore moins des longs métrages! En 1996, alors que le tiers (36) des 107 dossiers traités par le BFQ provenaient de l'étranger, 262 des 388 jours-personnes en services aux productions leur ont été alloués, soit 68% des ressources. Performance: 10 de ces 36 dossiers ont finalement été réalisés (mais aucun des 12 longs métrages), contre 56 sur 71 pour les projets canadiens.
Même genre de scénario en 1995. Bien que 20 des 33 dossiers étrangers - sur le total de 83 traités - ont été réalisés, la moitié concernaient des publicités, le quart des reportages et l'autre quart des documentaires et des séries télé. Seul un dossier de long métrage étranger, "Dog of flanders", a donné du travail, pendant quatre jours. Et en 1994, encore une fois le tiers (31) des 96 dossiers provenaient de l'étranger, (accaparant 168, soir 32% des 528 jours- personnes du service à la production), mais ne se concrétisèrent par aucun tournage de long métrage étranger sur les huit traités. Bref, l'intérêt est bien réel. Une dizaine de gros projets défilent chaque année au BFQ, mais manifestement, il manque quelque chose pour "closer le big deal"! Pour l'instant, la capitale séduit, seulement quant il s'agit de tourner de la pub et du reportage! Le sourire est cependant tenace sur les lèvres de Liliane Tremblay, qui tient la barre au BFQ. Pour l'avocate conquise au 7e art, plusieurs des raisons expliquant ce bilan s'estompent et les espoirs de résultats plus tangibles en retombées économiques sont dorénavant crédibles. Les derniers mois ont effectivement vu se concrétiser plusieurs pas dans la bonne direction.
Le BFQ s'intègre à la SPEQM Bougie d'allumage, le BFQ aura, depuis sa création en 1987, passé beaucoup de temps à louvoyer pour grandir. D'abord incubé dans les services municipaux de Québec, puis de passage au sein de l'Office du tourisme de la Communauté urbaine, il obtient en 1993 un statut d'organisme qui, bien qu'autonome, souffre d'un sous-financement chronique. Cette question est en principe réglée. Physiquement et administrativement intégré, depuis août dernier, à la Société de promotion économique du Québec métropolitain (SPEQM), le BFQ acquiert une stabilité rassurante. Avec un budget de 260 000$/an, sa mission est toujours "de promouvoir la ville et ses régions environnantes au niveau national et international et d'offrir un service d'information et de logistique de tournage aux producteurs de produits cinématographique et télévisuels... il voit aussi à planifier et superviser tous les services et activités générés par la logistique de tournage, avec l'objectif de favoriser les ressources régionales". Les assises de la SPEQM conforteront la crédibilité du BFQ en maximisant son potentiel de développement. "Jusqu'à maintenant, on était "low profile" à l'international. Notre intégration au sein de la SPEQM va permettre de faire les choses à la bonne hauteur", prédit la Commissaire. Le volume total de production étrangère tournée dans les différentes provinces canadiennes était estimé, en 1995, à 502 M$. Le Québec irait chercher 14% de ce marché mais la région de Québec est à toutes fins utiles absente de ces marchés. Le seul film à gros budget tourné dans la région date de 1994, alors que Robert Lepage réalisait le Confessionnal et laissait environ 500 000$ dans la région. Situation type, en 1994, 83% des requérants au BFQ avaient à leur disposition un budget de tournage inférieur à 100 000$, principalement des pubs, des documentaires et de la petite production télé. Voilà pourquoi les ressources du BFQ dédiées à la promotion et aux services à la production sont stratégiquement consacrées à la catégorie des longs métrages, et des gros budgets! Le hic! c'est que pour du tournage de long métrage, jusqu'à récemment, la région ne disposait pas de studios répondant aux exigences du marché. Ce n'est plus le cas, puisque les réaménagements d'ExpoCité ont tenu compte des besoins de cette industrie. Le Pavillon de l'Industrie et du Commerce de l'Expo est désormais aménagé en lieu de tournage intérieur à grand déploiement. "Un gros plus pour la région", a confirmé le responsable à l'exploitation d'ExpoCité, Sylvain Gagné. ExpoCité, c'est "absolument merveilleux, un poumon" constate Liliane Tremblay. Ce n'est pas encore un véritable studio, le potentiel est là, mais c'est autant de jours de production gagnés en intérieur. Pouvant capitaliser sur les atouts naturels des sites extérieurs très séduisants qu'elle offre, l'industrie locale souffrait de l'absence de studios de tournage adéquats. Double gain, elle peut aussi compter, depuis le printemps, sur les infrastructures de La Caserne Dalhousie de la compagnie Ex Machina, dans le Vieux-Port de Québec, qui offre un plateau de tournage spécialisé. "La Caserne devient le 2e plus gros studio de la capitale, qui aux dires de son directeur général, Michel Bernachez, aspire surtout à répondre aux besoins de projets "intimistes" qui cadrent surtout avec les besoins en télévision". Ouvert depuis quelques mois seulement, il confirme qu'un producteur américain indépendant lui a déjà manifesté son intérêt pour venir tourner à Québec, dans l'univers de Robert Lepage! Au surplus, certains hangars géants des chantiers Davie, à Lévis, sont également de taille pour des besoins de tournage en intérieur. Un Forum concluant Un Forum sur l'industrie de l'audiovisuel dans la région de la capitale, tenu en mars 1997, a aussi démontré la volonté de regrouper les quatre secteurs de l'audiovisuel pour en faire un atout. Message reçu 5 sur 5 à la SPEQM, qui vient de s'adjoindre une nouvelle ressource humaine, en la personne de Guy Rivest, en charge du secteur du multimédia. |
Cheville ouvrière du Forum, Gilbert Guérin, de la direction de Québec du ministère de la Culture et des Communications, n'hésite pas et s'avance à dire que le vent a tourné. "Des gros noms du national, lors du forum, m'ont dit de ne pas attendre un an pour nous réunir à nouveau, c'est beaucoup dire", résume-t-il.La récente publication d'un premier Guide de tournage à Québec, par le BFQ, est un autre exemple que ça bouge dans le bon sens. Tout ceci fait qu'on a de nouveaux espoirs que la région cesse de "tourner à l'envers" et arrête de perdre ses ressources humaines et techniques, en ne parvenant pas à les utiliser suffisamment. Régulièrement, faute de travail, les gens partent, pour Montréal et ailleurs. Même si côté main-d'oeuvre, un noyau dur d'une quinzaine de maisons de production indépendantes s'activent à Québec. La consultation du répertoire du Regroupement des Pigistes Professionnel-les en Cinéma et en Vidéo de la Région de Québec (RPPCVRQ) révèle pas moins de 106 membres, souvent compétents dans quatre voire cinq domaines de l'industrie! Changer la mentalité! "Si on veut être pris au sérieux par les producteurs étrangers, les infrastructures, les sites, c'est beaucoup, mais il ne faut pas que ça. Il faut aussi de la production locale", tonnent autant Liliane Tremblay que Gilbert Guérin. Ensemble, les stations télé de Québec SRC, TVA et TQS sont engagées devant le CRTC à produire localement 33h50 d'émissions locales, essentiellement les bulletins de nouvelles. Sachant qu'à elle seule l'engagement de la station CFCM en 1969-70 était de 46 heures par semaine, les enjeux de considérations industrielles prennent un autre sens. L'industrie de l'audiovisuel est un véhicule à quatre roues, (pub, télé, cinéma et multimédia) et la production en pub est la roue motrice qui fait entrer l'argent dans la machine. Malheureusement, il existe à Québec une mentalité chez nos gestionnaires que c'est mieux de faire produire nos pubs à Montréal. On envoie ainsi notre argent à l'extérieur. Ça et se tirer dans le pied, c'est pareil, font-ils comprendre. Autres solutions En raison de son faible volume de tournage, Québec a la réputation qu'on ne peut y offrir des ressources de haut niveau et à tout coup, une production extérieure sera dans l'obligation de prévoir des frais additionnels pour le transport et l'hébergement du personnel provenant de Montréal, soit des frais représentant un dépassement de coût d'environ 10 à 15% du budget initial. La proposition de créer un Fonds régional de développement de projets de production de films, d'émissions de télévision et de produits multimédias est justement une des suites du forum qui mobilise le BFQ. "C'est même de deux fonds dont il faudrait doter la région", avance Liliane Tremblay. Un Fonds privé d'un million $ et un autre public de même ampleur. "Actuellement, c'est la Commision de la capitale nationale du Québec qui devient périodiquement sollicitée à la pièce, alors que ce n'est pas son mandat", argumente-t-elle. La taxe de 2$ la nuitée perçue pour l'industrie touristique peut ici servir de modèle. En multipliant chaque entrée dans les cinémas de la région par une taxe de développement de l'industrie régionale de 25 cents, on obtient un impressionnant apport annuel de financement. De quoi alimenter bien des fonds! Objectif: faire de Québec le deuxième pôle de production audiovisuel francophone en Amérique. Une enquête menée auprès des principales entreprises oeuvrant dans le domaine de la production dans la région -environ soixante- montre que ces compagnies se partagent un marché de l'ordre de 12 millions $/an. Bien petit pôle, à ce jour! Présentement, Brian de Palma est à Montréal. Le tournage de "Snake Eyes" y durera cinq mois. Budget du devis de production: 115 millions $! En 1996, les statistiques synthèses du BFQ cachaient cependant de très bons coups, comme le tournage d'un épisode de "The Rescuers", une mini-série américaine qui devait à l'origine se tourner en Europe. Québec a été choisie pour doubler la ville française de Montauban. Une demande d'urgence au comité exécutif de la Ville de Québec afin que la tarification des services municipaux soit ajustée à ceux en vigueur dans les autres villes qui souhaitent attirer - et voir revenir!- des producteurs avait cependant montré les besoins de rodage de la machine locale. Anecdote qui ne devrait plus se produire, puisqu'une politique d'escompte de 30% existe, depuis juin 97, à la Ville de Québec. Pour ce qui est des sites en extérieur, c'est la manne. Si on parle de production cinéma à Québec, c'est d'abord à cause de la richesse naturelle en site extérieur "à l'européenne" qu'offre la ville. Et parce que Québec offre un site exceptionnel, du moins en Amérique du Nord, ceux qui vendent la ville comme lieu de tournage ont en partant un bon bout de chemin de parcouru dans leur effort de marketing. "Mais la décision d'un producteur de venir ou non à Québec ne s'appuie qu'à 40% sur le fait d'acheter le site", avertit Liliane Tremblay. C'est moins que la moitié du chemin de fait et l'autre 60% concerne les infrastructures de tournage, qui n'ont rien à voir avec les avantages du site. Disponibilité de la main-d'oeuvre et du matériel, coûts, collaboration des autorités locales, etc... sont autant de variables incontournables. Pendant que Montréal engrangera cette année des retombées globales avoisinant un milliard $, Québec s'organise. En 1997, 500M$ auront été dépensés dans la métropole par les maisons de production. La production d'images tous genres confondus ne totalisait que 85M$ en 1987. Si Montréal est en voie de surpasser Toronto, Québec veut appuyer Montréal. Un des arguments de Liliane Tremblay est justement que si Montréal veut continuer de rivaliser dans ce milieu, elle doit compter sur l'apport des autres régions du Québec. Elle ne doit pas voir Québec comme une rivale, mais comme une région nourrissière de créateurs, d'artistes et de savoir-faire. Si Montréal veut rester bonne, elle a besoin de Québec, de son bassin de créativité! BFQ en tête, la région de Québec démontre l'importance de disposer d'un outil de développement économique dans un domaine dont la croissance est très dynamique, alors que la production cinématographique, télévisuelle et multimédia est en très forte croissance, particulièrement en Amérique du Nord et que le Canada a su tirer profit de la croissance de cette industrie. L'activité économique reliée à l'industrie califor- nienne du film et de la télévision s'élève annuellement à environ 11 milliards $. Des 4 milliards $ produits à l'extérieur de la Californie, on estime que 1,25 milliard $ d'activités de production cinématographique sont réalisées au Canada chaque année. Dans ce contexte, au Québec, la production totale annuelle des secteurs cinéma et télévision est de 400M$, dont seulement 50M$ sont des productions américaines, alors que des villes comme Calgary et Halifax produisent chacune 50M$ par année, Toronto 300M$ et Vancouver 600M$. Face au potentiel de développement économique que représente
l'industrie du divertissement, Québec peut capitaliser, comme pour
la haute technologie, sur les avantages qui la distinguent réellement
des autres régions. "La guerre sera gagnée lorsqu'il
se produira trois mini-séries par années à Québec",
conclut Liliane Tremblay, pour qui le contrôle et le rôle des
images qui sont produites à partir d'ici sont capitaux. | ||||