Le gouvernement du Québec a présenté, le 29 juin dernier, la Politique relative à la capitale nationale. Ce document attendu est assorti d'une Stratégie de diversification économique de la capitale, ainsi que d'un Cadre de référence sur la localisation des bureaux centraux des ministères et des sièges sociaux des organismes gouvernementaux. Avec l'oeil de celui qui s'intéresse à la compétitivité internationale de la région de la capitale, COMMERCE MONDE Québec Capitale a lu ces documents. Ce DOSSIER présente une synthèse et une brève analyse de leur contenu.
La Politique relative à la capitale nationale
Quelles forces déploie-t-elle à l'international?

par Daniel Allard

 

"Jour historique" pour Québec, sont allés jusqu'à clamer certains. "Pour la première fois dans l'histoire du Québec, un gouvernement livre sa vision de ce que devrait être sa capitale et, surtout, l'écrit noir sur blanc." Bien qu'il faudra surtout juger l'arbre à ses fruits, la démarche du gouvernement du Québec a effectivement l'avantage de rendre publique un nombre d'engagements aux conséquences fondamentales pour l'avenir de la région de Québec.

Un nombre important de choix d'allocation de ressources découlera de cette démarche. Pensons seulement aux millions $ déjà sur la table, depuis l'annonce du Fonds de diversification de l'économie de la capitale doté d'une enveloppe de 20M$ sur deux ans, qui sera géré à partir de cette approche.

LA POLITIQUE EN BREF

La Politique tient en deux orientations stratégiques:

  • Affirmer Québec comme capitale nationale;
  • Assurer le développement, la consolidation et la diversification de l'économie de la capitale.

La première orientation stratégique s'articule autour de quatre axes:

Axe 1 : La capitale: lieu de l'exercice du pouvoir;
Axe 2 : La capitale: centre stratégique d'une nouvelle fonction publique;
Axe 3 : La mise en valeur de la capitale au Québec;
Axe 4 : La promotion de la capitale à l'étranger.

Pour sa part, la deuxième orientation stratégique comporte deux axes:

Axe 5 : Les conditions nécessaires au développement, à la consolidation et à la diversification de l'économie;
Axe 6 : Les secteurs de développement prioritaires.

Que trouve-t-on dans tout cela de réjouissant pour les gens d'affaires préoccupés par ce qui peut faciliter - ou compliquer! - leurs démarches sur la scène économique mondiale?

En quoi cette initiative de l'État fera-t-elle de la capitale du Québec un endroit plus attrayant pour les acteurs du commerce international?

SYNTHESE ET ANALYSE

Trois actions constituent l'axe 5 de la Politique:

  • La stratégie de diversification économique (qui - on le souhaite - contribuera à créer des emplois);
  • La promotion économique au niveau international;
  • Le développement des infrastructures et des équipements de transport.

Il n'est pas possible, en 1998, d'élaborer une politique et une stratégie de diversification économique d'une région de l'importance de Québec, sans y inclure des éléments d'amélioration de sa compétitivité internationale. "Le rayonnement international est considéré comme une condition inhérente au développement économique de la capitale," dit d'ailleurs le document.

La Politique s'en remet ici entièrement aux intervenants régionaux membres du Conseil régional de concertation et de développement de Québec (CRCDQ), qui ont pris l'initiative de proposer un plan d'action pour développer, au cours des deux prochaines années, le volet international de la région. "Déjà, le ministère des Relations internationales a convenu de soutenir techniquement et financièrement cette initiative. Le plan d'action sera examiné par l'ensemble des ministères et organismes gouvernementaux concernés, au moyen des divers travaux réalisés au sein de la Conférence administrative régionale..." Ce plan devrait donner lieu à une entente multisectorielle.

Parmi les éléments du plan du CRCDQ, notons les objectifs suivants:

  • "maximiser les retombées de l'accueil des visiteurs et des délégations étrangères par la mise sur pied d'une agence internationale";

ANALYSE: Faut-il mettre sur pied une nouvelle "agence internationale"? Orienter les ressources vers le Centre de commerce international de l'Est du Québec (CCIEQ), qui existe déjà et fait une bonne partie de ce travail d'accueil depuis un an, de même que vers la Société de promotion économique du Québec métropolitain (SPEQM), voire le Bureau de Coopération Internationale de la Ville de Québec ne serait-il pas plus approprié?

  • "mettre en place un processus de prospection ciblée et de sollicitation pour l'implantation de nouvelles organisations internationales et la tenue d'événements internationaux de nature politique, économique, technologique, scientifique, culturelle et sportive dans la capitale";

ANALYSE: Mais que font tous les fonctionnaires du gouvernement du Québec en poste à l'étranger? Et les gens de la SPEQM? De l'Office du Tourisme et des Congrès? Du Centre des Congrès de Québec? Penserait-on ici à imiter la métropole, avec sa société Montréal International, en créant un organisme Québec International?

  • "mettre à profit les compétences des néo-Québécois établis dans la capitale...";

ANALYSE: La publication récente du Répertoire des personnes immigrantes spécialisées en commerce international-Région Métropolitaine de Québec- est un très bon pas dans cette direction. On peut déjà le consulter sur Internet: www.speqm.qc.ca/convergence.html

  • "susciter l'immigration, en relation avec les objectifs de développement de la région, en proposant, de concert avec les milieux visés, un message à l'intention de la clientèle immigrante indépendante qui définisse de façon concrète et précise les besoins de la capitale";

ANALYSE: Susciter l'immigration, ...en proposant, ...un message... Que de feutre pour traiter d'une évidence! Croissance de la population qui tend à ralentir, exode massif des plus jeunes travailleurs, vieillissement de la population. Le croisement de ces trois constatations préoccupantes, dans la région, avec une quatrième donnée établissant la population immigrée de la CUQ autour de 3%, conduit à une piste de solution évidente. Il devient impératif de regarder cette avenue énergiquement. "L'apport intéressant que peut représenter l'immigration pour la région doit aussi faire partie des éléments de soutien d'une telle stratégie" avance, de son côté, la Politique du gouvernement. Il s'engage d'ailleurs à assurer la cohérence entre la présente Politique et le Plan d'action régional 1998-1999 à 2000-2001 pour la régionalisation de l'immigration et à appuyer ce plan par des mesures complémentaires.

Quant au développement des infrastructures et des équipements de transport, la Politique prend l'engagement:

  • "d'assurer la préservation de la fonctionnalité du réseau ferroviaire" en mentionnant que "la préservation du réseau passe d'abord par la définition d'un réseau de base. Dans un deuxième temps, il importe que les organismes régionaux et locaux responsables de l'aménagement du territoire adoptent des mesures favorisant la compatibilité des fonctions urbaines et des activités ferroviaires";
  • "de confirmer le rôle portuaire de la capitale" et "d'appuyer la mission et la poursuite des travaux de la table de concertation INITIATIVE concernant les activités portuaires de la capitale";
  • "de soutenir le fonctionnement de certaines voies de dessertes aériennes de façon à les rendre concurrentielles sur le chapitre du tourisme d'affaires".

ANALYSE: Où est la vision d'avenir? Sans dire qu'une telle politique doit nécessairement créer l'emballement et la mobilisation, peut-on mentionner l'importance du réseau ferroviaire à Québec sans dire mot de l'avenir du projet de TGV?

On reste tout autant sur sa faim côté portuaire. Pas un mot sur la demande de la Table régionale concernant des engagements fermes en regard de l'implantation d'un parc industrialo-portuaire sur la Rive-Sud de Québec.

Pour le tourisme, on parle "d'encourager l'offre de services de meilleure qualité... en donnant la priorité à l'aéroport et au port". Il faut, au mieux, faire ici un gros effort et lire entre les lignes pour penser qu'il y a espoir de s'engager à doter le port d'une gare maritime adéquate et appropriée à l'industrie des croisières internationales pourtant en pleine croissance.

Il n'y a que la promesse du ministre David Cliche d'allouer quelques centaines de milliers de dollars pour soutenir de nouvelles dessertes aériennes qui est palpable.

D'autres ENGAGEMENTS pertinents du gouvernement apparaissent à travers le document:

  • "mettre en place un mécanisme de maintien des entreprises en suscitant la participation de l'ensemble des organismes voués au développement économique dans la capitale. Un tel mécanisme devrait permettre d'intervenir auprès des entreprises en difficulté ou susceptibles de déménager ailleurs".

ANALYSE: Le gouvernement risque ici de protéger les "canards boiteux", plutôt que de concentrer ses ressources pour appuyer les projets avec du potentiel.

  • "préciser les rôles des instances de développement économique et de réévaluer les mandats des organismes de développement économique, en particulier celui de la SPEQM, en vue d'une réorganisation majeure de la promotion, de la prospection et de l'accueil des investissements dans la capitale nationale... La stratégie manifeste des attentes particulières vis-à-vis certains organismes du milieu en fonction de leur expertise sectorielle. Il en est ainsi du rôle et des mandats de la SPEQM que le gouvernement souhaite voir consolider en matière de promotion et de prospection des investissements... Le rôle de la SPEQM devra être renforcé et le gouvernement est disposé à l'appuyer concrètement dans son mandat."

ANALYSE: Précision des rôles! Réorganisation majeure! Le gouvernement vient tout juste de privatiser élégamment une autre société d'État importante dans la région. L'exemple du Parc technologique inspirera-t-il les architectes d'une SPEQM dernier cri?

Le gouvernement constate aussi que la concertation "n'occupe pas encore toute la place qu'il faudrait lui accorder dans la capitale, en raison de la multiplicité actuelle des structures, qui rendent plus complexes le fonctionnement des organismes et le processus de prise de décision". Où conduira la rationalisation des structures?

La Politique cite par ailleurs l'exemple de la création d'un Centre de développement des technologies de l'information (CDTI) et affirme "que des mesures similaires devront être adoptées pour les autres domaines de la haute technologie". L'ajustement de l'économie régionale à la mondialisation grandissante des marchés est un défi de l'heure. L'Axe 6- Les secteurs de développement prioritaires évite pourtant de traiter directement les questions de commerce international. A un autre endroit, un engagement parle "d'appuyer la technorégion en ciblant les secteurs à fort potentiel de développement et en offrant des avantages comparatifs mondialement reconnus". On s'engage aussi "à développer le potentiel des multinationales présentes sur le territoire". On peut se demander si ces quelques flèches sont tirées dans la même direction et savent où elles vont? On parle d'avantages comparatifs. En novembre dernier, un des candidats à la mairie de Québec proposait, dans la lignée du concept de zone franche, la mise en place d'une "Zone économique spéciale" vouée au commerce international, qui offrirait des avantages aux entreprises et développerait ce secteur de notre économie régionale. A Montréal, le développement du Quartier international est, par ailleurs, un acquis et fait partie de l'arsenal dont dispose la ville pour stimuler son développement. Y-a-t-il ce genre de projet dans les cartons?

FAIRE RAYONNER L'ADMINISTRATION PUBLIQUE

"Dans la mesure où le Québec aspire à devenir un État souverain..., le gouvernement estime nécessaire d'accroître le rôle de [la capitale] sur le plan international." Avec cet objectif, la Politique réserve également beaucoup d'attention à l'Administration publique québécoise en général: ministères, centres de recherche, musées, Université Laval, ÉNAP, etc...

Les engagements à ce propos sont aussi intéressants pour les gens d'affaires qui sauront tirer profit des opportunités qu'ils susciteront:

  • "faire de la capitale un pôle d'expertise de calibre international en administration publique";
  • "contribuer à la création d'un Institut francophone de gouvernance";
  • "appuyer le rôle international de l'ÉNAP";
  • "établir un centre de conférences internationales, inter-gouvernementales et interrégionales";
  • "favoriser la reconnaissance de Québec comme carrefour de la francophonie en Amérique";
  • "situer (disons dorénavant maintenir, car c'est un acquis) dans la capitale le Secrétariat des parlementaires des Amériques;
  • "l'Institut québécois des hautes études internationales de l'Université Laval est invité à mettre sur pied des programmes de formation adaptés aux besoins des divers intervenants économiques, culturels et sociaux de la capitale sur la scène internationale";
  • "promouvoir le tenue d'événements internationaux à caractère politique et diplomatique dans la capitale";
  • "accueillir dans la capitale les dignitaires étrangers et les représentations de pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec le Québec, de tenir les réceptions protocolaires, de même que les rencontres bilatérales et multilatérales."

 

FONDS DE DIVERSIFICATION DE 20M$

Est-ce pour vous?

"Les projets et les études qui auront un impact significatif ou un effet structurant pour la capitale dans les domaines de l'industrie manufacturière, du secteur tertiaire moteur, du tourisme et de la culture seront analysés sous l'angle de la création d'emplois reliés aux exploitations et de leurs impacts sur la diversification de l'économie. Les projets les plus performants à ce chapitre feront l'objet d'un soutien financier. La réalisation des projets devra se dérouler au cours des deux prochaines années."

"A court terme, la priorité sera accordée aux domaines d'activité retenus dans la Politique relative à la capitale nationale, soit la recherche, le développement et la haute technologie, le tertiaire moteur, la production et la diffusion culturelles, le tourisme, le secteur manufacturier et l'enseignement. Au fur et à mesure que d'autres bases ou filières économiques seront mieux connues, de nouvelles priorités pourront s'ajouter."