Chronique
La politesse en Chine : le souci des détails est aussi une affaire de rituels (3e de 4)
2005-06-15


Par Jules Nadeau
Chroniqueur
, Communik-Asie
jules@communikasie.com
consultant en affaires asiatiques

Une centaine de Québécois se préparent à partir pour la Chine populaire à l’automne prochain avec le Premier ministre Jean Charest et le ministre Claude Béchard. Nos mandarins du pupitre Chine multiplient les démarches pour que tout soit fin prêt pour le départ des chefs d’entreprises à la fin septembre 2005. La dernière opération du genre remonte à novembre 1997, lorsque le PM Lucien Bouchard s’est rendu là avec Guy Chevrette, André Caillé et Jean-Claude Scraire.

Il y a quelques semaines, à Beijing, lors d’une rencontre avec Patrice Dallaire, délégué du Québec à cet endroit, ce « mordu de la Chine » insistait sur l’importance de très bien préparer les chefs d’entreprises à une telle mission quitte à en accepter peut-être moins pour mieux en assurer la « formation ». Notre représentant mise aussi sur l’apprentissage du chinois, évoque les bons contacts politiques que le Québec entretient avec Bo Xilai, l’ex-maire de Dalian devenu l’influent ministre du Commerce, et opine qu’il faut accorder plus d’importance à des provinces comme le Liaoning et le Shandong, alors que les grandes multinationales sont toutes super actives dans les grands centres comme Shanghai. Toutes de sages recommandations de la part d’un délégué qui apprend vite son « Chine 101 ».
Les futurs voyageurs devront apporter dans leur valise le tout récent essai,  Quand la Chine change le monde, du journaliste français Erik Izraelewicz, une vue grand angle sur la superpuissance économique en train de retrouver sa place historique de meneur sur l’échiquier mondial

Pendant mon voyage printanier en Chine, avec objectif de travailler sur les communications d’entreprise, j’ai encore une fois été à même d’apprécier l’importance de ces contacts personnels (guanxi), sujet que nous développerons plus tard. Et pourtant, chacun de nos deux-trois rendez-vous quotidiens dépendait quand même beaucoup de notre habileté à nous conformer à la politesse à la chinoise.

Ponctualité et rapidité
Comme consultant, une de mes responsabilités était d’assurer la ponctualité avec tous nos hôtes de différentes nationalités, d’où la nécessité d’une bonne coordination avec notre chauffeur. Bien gérer son temps, oui, mais la circulation fébrile dans les grandes villes chinoises complique le topo. Déjà 1,7 million de voitures dans la capitale et 100 000 autres s’y ajoutent chaque année. Heureusement, le cellulaire aide à avertir la contrepartie de nos difficultés à respecter l’horaire. Sinon, le métro de Beijing (sans graffiti, mieux entretenu et beaucoup plus propre que celui de Montréal) peut parfois accélérer les déplacements. L’étendue du réseau actuel d’une centaine de km sera triplée d’ici les JO de 2008.

Il y a aussi ces petits irritants de la politesse des autres. Exemple, dans un très grand hôtel de Hong Kong, la serveuse cherche à vous faire disparaître votre assiette avant que l’appétissant petit dessert ne soit complètement consommé. Vous faites une courte pause pour mieux converser avec l’autre personne et hop, plus rien devant vous. Toutefois, en Asie, c’est une marque de bon service que d’enlever rapidement les plats « finis ». Personnellement, on ne me fait plus le coup! Mais il faut savoir.

Les missions gouvernementales et les voyages d’affaires gagnent à  être méticuleusement programmés mais, en d’autres circonstances, comme dans les mariages, les funérailles, les naissances et les événements corporatifs, le rituel prend largement le pas sur les règles de préséance. Des cérémonies aux scénarios encore plus difficiles à anticiper et à gérer.
Les mariages sont de bonnes occasions de tisser des liens avec une famille. Les jeunes mariés comme leurs parents cherchent alors à se « donner de la face », attitude tout à fait normale. Pour avoir participé à plusieurs noces, j’ai toujours éprouvé le plus grand plaisir à célébrer l’occasion avec les conjoints.

Les étrangers se limitent souvent à n’assister qu’au grand banquet. À l’entrée du restaurant, les invités calligraphient leur nom sur des carrés de  soie rose. Une particularité consiste à donner des cadeaux en espèces, et les chèques peuvent être remis à cette table. Pendant le service des douze plats, comme je l’ai vu récemment, les jeunes époux en profitent pour rendre un hommage public à leurs parents. Une preuve de piété filiale. Ils circulent ensuite de table en table pour trinquer avec tous et chacun au risque d’avoir le teint aussi écarlate que le faire-part. Il est tout indiqué d’aller rendre la pareille aux membres des deux familles.

Mariages et rituels
Le cinéma chinois montre souvent des scènes de mariage. Dans sa désopilante comédie, « Le Garçon d’honneur » (1993), le célèbre directeur Ang Lee illustre bien la mécanique rituelle d’une union matrimoniale avec toutes ses croyances. Dans ce cas-là, le but consistait surtout à rendre heureux les parents taiwanais du jeune garçon immigré aux États-Unis, et l’histoire du couple est plutôt compliquée, mais toutes les péripéties du grand banquet figurent à l’écran.

Nous sommes à New York, mais le sino-rituel ne souffre pas de compromis. « Qu’est-ce qu’un mariage sans un banquet », lance une vieille connaissance au père du marié qui prend ensuite l’initiative d’organiser l’événement. L’immense salle brille du rouge des décorations avec les caractères du « double bonheur » bien en évidence. Les bons plats comme l’alcool font la joie de tous. Naturellement, les jeunes mariés doivent obligatoirement amuser la galerie avec toutes sortes de pitreries. Plus c’est indiscret mieux c’est ! Du début à la fin, les photographes gravent les précieux instants. Sans oublier le moment où la belle-mère donne de la soupe de lotus à la brue : message sans équivoque pour lui commander un descendant mâle. Vive Confucius ! Le directeur Ang Lee complète l’image synthèse en filmant la meute d’amis faisant irruption dans la suite nuptiale de l’hôtel, à la fin de la journée, pour jouer au majiang et continuer d’embêter le couple déjà passablement éméché par les libations.

Afin d’éviter le terrible endettement, le régime communiste a essayé pendant plusieurs années de limiter le faste de ces agapes, mais le naturel est vite revenu au galop. À Wuhan, à la fin des années 70, au cours d’un tournage de l’Office National du Film, le commissaire politique nous a invités à filmer un « mariage modèle à la prolétarienne » où le jeune couple devait se conformer à la simplicité plus ou moins volontaire. Tout était arrangé avec le gars des vues. Mais les voisins de paliers qui se mariaient pendant la même semaine nous invitèrent à observer, sans caméra, leur banquet organisé au profit de 200 personnes où la bonne bouffe l’emportait sur la ligne correcte du parti, histoire d’en mettre plein la vue aux proches camarades.

Pour conclure sur la politesse, une simple suggestion.  Question de stratégie interculturelle, pour un juste équilibre, il est utile de ramener nos nouveaux partenaires sur notre propre terrain pour bien leur faire comprendre que l’Occidental répond lui aussi à un code de conduite distinctif. Sinon, c’est se condamner à toujours fonctionner en terrain inconnu et à expérimenter comme un éternel novice. Inviter le nouveau partenaire à un restaurant authentiquement français ou bien l’inviter chez vous pour dîner ou prendre un café s’avérera profitable. Mais ne soyez pas surpris si le jeune cadre se présente à votre résidence avec un large panier de fruits en guise de cadeau, comme c’est la coutume.

Restera ensuite à affronter la barrière de la langue, mais le chinois, comme nous le verrons dans le prochain article, n’est plus aussi invincible que la Muraille de Chine.

*****

 Mission Québec : Chine 2005
Sera dirigée par le premier ministre du Québec, Jean Charest, du 22 au 29 septembre 2005.

Pour un complément d’information ou pour vous inscrire :
www.mission-quebec.com.


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