Changement de stratégie
ClicNet veut maintenant entrer en bourse en 2001 par la grande porte

par Daniel Allard

 

Le symbole BRM de la Bourse de Montréal se destinait, depuis l'annonce d'avril dernier, à devenir celui de ClicNet Télécommunications, une fois toutes les procédures terminées. La société Minerais Bruneau avait signé, le 19 avril 2000, un accord pouvant éventuellement permettre l'acquisition de ClicNet, tout en cédant, en contrepartie, aux actionnaires de cette dernière, le contrôle de Bruneau.

ClicNet, une société fermée oeuvrant dans le commerce électronique à titre de fournisseur de services et des applications en ligne (ASP), envisageait alors de procéder par une opération communément appelée RTO (Reverse Take Over/Prise de contrôle inversée), pour faire sa place sur le marché de la Bourse de Montréal autour de septembre 2000.

Cet accord préliminaire, qui engageait simplement les parties à poursuivre leurs négociations pour en venir, à brève échéance, à un accord définitif, ne tient plus. "Nous avons toujours le même objectif d'entrer à la Bourse de Montréal, mais nous visons dorénavant de le faire par la grande porte, car avec les récentes règles émisent par la CVMQ, les avantages du RTO n’existaient plus", explique Frédéric Turcotte, Dir. Développement stratégique de l'entreprise, qui confirme du coup que ClicNet est actuellement à compléter un financement privé de l’ordre de 3 millions $.

Créée en 1994 par deux fondateurs qui ont depuis quitté l'entreprise, ClicNet opère maintenant des bureaux à Québec et à Montréal, et profite déjà d'une bonne réputation internationale, surtout au sein de la Francophonie, grâce à son produit vedette Clic Shop.

Lancée en 1997, la solution de commerce électronique Clic Shop est devenue le fer de lance du bureau montréalais de Clic Net, où 15 des 40 employés de l'entreprise travaillent. Clic Shop est  une application Internet qui permet très facilement de se bâtir en quelques minutes un catalogue et de se lancer dans le commerce électronique. Deux caractéristiques font encore toute la force de ce produit sur les marchés internationaux: "Clic Shop est toujours la seule application multi-lingue et multi-devise", assure la responsable des communications de l'entreprise, Caroline Cloutier.

"Ces deux particularités ont fait que lors du lancement du produit, les Français étaient beaucoup plus enclins à utiliser Clic Shop que les Québécois. Jusqu'à 40% de nos clients provenaient alors d'Europe", précise-t-elle.

Clic Shop n'a pas apporté le succès à ClicNet seulement sur la scène internationale. La société Postes Canada a aussi été complètement séduite par les qualités de l'application Internet. Comment obtient-on un tel contrat? "Très simple! Nous participions tous les deux à la même foire commerciale, à Québec. Les représentants des deux entreprises se sont rencontrés et se sont parlés. Et c'est parti...", explique Caroline Cloutier.

Postes Canada cherchait exactement quelque chose qui correspondait à l'application Clic Shop de ClicNet. Signé en décembre 1999, le contrat a était livré en février. Une vraie course contre la montre que l'équipe de ClicNet est maintenant fière de donner en exemple.  

Ce qui est très largement commercialisé à travers tout le Canada sous la marque de commerce Boutiques CyberColis est en fait la version Postes Canada de Clic Shop. Postes Canada est responsable de la commercialisation, alors que ClicNet assure le  support technique, la formation des vendeurs et la facturation. Une propulsion en avant formidable pour l'entreprise de Québec. Et ce contrat avec Postes Canada ouvre à nouveau des portes en Europe, explique-t-on

Autre beauté de la stratégie ClicNet avec ce produit: c'est gratuit pour le tester, gratuit pour l'activer et encore gratuit pour l'opérer, tant et aussi longtemps que vous n'obtenez pas de vente avec votre boutique électronique! "À l'expérience, nous avons observé qu'habituellement une boutique ne vend rien dans ses premiers six mois. Avec notre formule, le client commence à payer 95$/mois seulement à partir du moment où il a vendu 750$ dans ce mois, ou dès qu'il dépasse 50 transactions mensuelles et c'est comme cela pendant toute la première année", précise madame Cloutier. Une formule qui voit semble-t-il très juste, car elle a été reprise telle qu'elle par Postes Canada pour ses Boutiques CyberColis!

DES OUTILS POUR GROSSIR

Mais les visées expansionnistes de l'équipe de direction de CilcNet ne tiennent pas uniquement à ce beau succès avec Postes Canada. L'entreprise offre déjà un large spectre des technologies de la communication moderne. Du développement et de la commercialisation de sites Web et de boutiques électroniques, à la programmation et l'intégration d'outils interactifs sur mesure, de l'hébergement de serveurs et de sites Web, à la consultation, jusqu'à la solution complète en commerce électronique, ClicNet est déjà très diversifiée. Il y a un an, le bureau de Montréal ne comptait que 6 personnes, ils sont 15 actuellement.

ClicNet a jusqu'à maintenant assuré son développement uniquement par elle même. Une des raisons de sa stratégie d'appel à l'épargne publique, c'est justement parce qu'elle veut, entre autres, se donner les moyens de procéder à des acquisitions. "Et pour cette prochaine étape de financement, le chiffre sera évidemment beaucoup plus important que le 3 millions $ actuel", précise Frédéric Turcotte.

Bien peu de gens le savent, mais Le Relais francophone, c'est aussi une invention de ClicNet. "Nous l'avons créé et l'opérons toujours. C'est surtout un bon outil de marketing et c'est actuellement 3 000 membres à travers toute la Francophonie, vous savez", ajoute Caroline Cloutier.

Mais le monde d'Internet continue de fourmiller d'opportunités et ClicNet voit grand. Onze millions d'acheteurs vont faire leur premier achat sur le Web en 2000 et 45% des acheteurs sont désormais des femmes! Plus de la moitié des ventes de commerce électronique vont se faire hors-USA en 2004! L'Amérique latine va arriver très, très fort; alors vite les logiciels en espagnol!

Les quatre piliers de la direction actuelle de l'entreprise, Louis-Marius Gendreau, président, Carl Ramsey, v.-p. marketing, Martin Léveillé, d.-g. bureau de Québec, et Paul Dubé, v.-p. R&D, savent aussi que l'Amérique n'est qu'un tremplin. Actuellement, les pays où l'Internet est le plus développé se trouvent déjà sur trois continents différents: USA, Suède, Norvège, Finlande, Pays-Bas, Hong Kong, Canada, Inde.

Pour mieux s'ouvrir le monde, ils ont donc décidé de s'offrir une entrée par la grande porte, sur le marché public de la Bourse de Montréal, quelque part en 2001.