Dans quel état la COPA atteindra le Sommet de Québec?

par Daniel Allard

 

La Conférence des parlementaires des Amériques (COPA) fut créée à Québec, en 1997, lorsque plus de quatre cents parlementaires se sont réunis pour lancer un nouveau forum à l'échelle de tous les pays de l'hémisphère.

Maintenant des organes de suivi, et en particulier un Secrétariat permanent dont le siège est à l'Assemblée nationale du Québec, les fondateurs de la COPA, Jean-Pierre Charbonneau en tête, voyaient poindre le prochain Sommet des Amériques, celui de Québec en avril 2001, avec optimisme. Ils avaient toutes les raisons de croire que leur organisme se ferait reconnaître sans problème, par les chefs d'État du Sommet, un statut officiel du genre "organisme aviseur" pouvant aider formellement à mieux paver les voies de la future ZLÉA. C'était sans compter les détours du ballet constitutionnel canadien!

À quelques mois du rendez-vous d'avril, Jean-Pierre Charbonneau ne se fait plus d'illusion. Tout indique que le Sommet des Amériques de Québec sera un moment de grande frustration à traverser: "On va consacrer le boycot de la COPA", avoue déjà celui qui est toujours président de l'Assemblée nationale du Québec, mais ne préside plus la COPA.

"On va consacrer
le boycot de la COPA"

"Nous aurions souhaité qu'il se fasse un arrimage entre la COPA et le Sommet de Québec. La torpiller, c'est une aberration, c'est mettre de côté plus de 200 parlements... Tout allait bien jusqu'à ce que l'on réussisse", peste-t-il encore, avec un brin évident de mort dans l'âme et de vive émotion. Jean-Pierre Charbonneau sait que de gros nuages de plus en plus noirs menacent tous le travail accompli depuis 1997 et que la prochaine année sera difficile pour tous les bâtisseurs de la COPA.

 

LES NUAGES VIENNENT D'OTTAWA

C'est au siège de l'Organisation des États Américains (OÉA), à Washington, les 29 et 30 mars 2000, que les assises du "Forum interparlementaire des Amériques" ont été fondées, suite à une initiative du gouvernement fédéral canadien. Tous les présidents des commissions des relations extérieures des parlements nationaux et des congrès des 35 États membres de l'OÉA, sauf Cuba, étaient invités.

Après avoir pourtant officiellement participé à la création de la COPA, voilà que le gouvernement de Jean Chrétien lui tourne le dos et met en place son alternative. Ce "Forum interparlementaire des Amériques" fait depuis tellement d'ombre à la COPA que les représentants de cette dernière risquent d'observer le Sommet de Québec de la galerie. À l'analyse, vu d'Ottawa, tous ce qui peut positivement alimenter la cause des indépendantistes du Québec est à combattre et on ne doit pas faire de quartier, quitte à transporter le débat dans les coulisses de la politique étrangère du Canada. 

"Ils n'ont pas été subtils, les fédéraux, en menaçant même de couper les fonds de l'ACDI à des pays qui n'accepteraient pas leur vue... et ils ont fait comme nous, divisant les Amériques en cinq régions et retenant les mêmes sujets de discussion que nous", réplique Jean-Pierre Charbonneau.

La solution au déficit démocratique d'une future Zone de libre échange des Amériques (ZLÉA) passe-t-elle uniquement par les capitales nationales? "Certainement pas", pense le député Charbonneau.

Qui doit bâtir la future ZLÉA? Les parlements n'ont déjà pas la cote dans l'opinion publique, voilà qu'ils se compétitionnent entre eux, avec en main des diagnostiques de déficit démocratique!

 

CONTINUONS LE COMBAT

À demi résigné, le président de l'Assemblée nationale du Québec n'a pas du tout l'intention de regarder la future ZLÉA se bâtir à l'abri du regard des élus du peuple. "On a des choses à dire. On n'est pas un groupe de pression", insiste-t-il.

"Nous avons aussi décidé que le modèle de la COPA serait plus facile à suivre et adopté le principe de la Conférence annuelle. Il y aura d'ailleurs une rotation dans chacune des cinq régions des Amériques que nous avons établies", détaille-t-il, à quelques semaines de son départ pour la deuxième assemblée générale de la COPA, à San Juan, Porto Rico (19 au 23 juillet 2000), où les débats risquent d'être lourds de conséquences.

Combien de parlements régionaux et d'États unitaires, fédéraux et fédérés des Amériques se diront toujours membres de la Conférence parlementaire des Amériques (COPA) fin 2000? "À Porto Rico, ce sera de l'ordre de 200 participants... Du Canada, je sais que des parlementaires de l'Ontario et de la Saskatchewan y seront", répond le politicien aguerri, qui demeure confiant et qui confirme déjà qu'il y aura une troisième COPA, en 2001: "...un pays a déjà offert de l'organiser, mais je ne peux pas en dévoiler le nom avant la réunion de Porto Rico".

Pendant son séjour en sol portoricain, l'hôte du secrétariat permanent de la COPA tentera, par ailleurs, d'éclipser une autre ombre au tableau qui fait que seul le Québec contribue financièrement au maintien du secrétariat en question, qui loge évidemment à Québec.

 

UN SUPRA-PARLEMENT POUR LES AMÉRIQUES?

Qui sont les autres grands défenseurs d'un parlement supra national des Amériques? Concernant cette option, pour laquelle Jean-Pierre Charbonneau ne cache pas sa très grande sympathie, l'homme d'État laisse tomber une réflexion surprenante: "Il faut que l'idée mature! Moi, j'y crois fondamentalement, mais le débat n'est même pas fait à l'intérieur de la COPA à ce sujet".

Mais les Amériques pourraient devenir confédérées, pense-t-il. "Lorsqu'on dénonce les processus d'intégration, que se passe-t-il? Comment l'OMC a réagit après Seattle? On a parlé d'un Parlement de l'OMC. On parle de plus en plus d'un Parlement mondial", poursuit-il, plein de conviction, avec des yeux qui retrouvent le scintillement du militant combatif qu'on lui connait. "Quoi de plus noble que de vouloir participer à la construction économique et politique des Amériques", argue-t-il encore.

Que pense-t-il du cas de Cuba? "Cuba avait un représentant à Québec, en 1997. Si nous avions pu tenir la deuxième assemblée de la COPA au Brésil, tel que prévu initialement, il aurait encore été possible que les Cubains soient présents. Mais pas à Porto Rico! Le refus des Américains est catégorique." 

 

À QUÉBEC, LE PARLEMENT SE DONNE DES OUTILS

À travers cette longue entrevue de plus de 75 minutes, Jean-Pierre Charbonneau avait au moins une bonne nouvelle et elle concernait proprement le Québec: "La dynamique va changer à partir de l'automne. On va se donner les ressources pour pouvoir suivre le processus d'intégration", explique-t-il.

"Je peux déjà vous annoncer que la Commission des institutions de l'Assemblée nationale du Québec va tenir, dès l'automne 2000, des audiences publiques sur le processus d'intégration des Amériques. Elle va probablement se déplacer à travers le Québec et on lui demandera de réaliser un rapport d'étape qui coïncidera avec le Sommet des Amériques, à Québec, en avril prochain."

La population du Québec pourra d'ailleurs utiliser Internet pour exprimer son opinion sur la zone de libre-échange des Amériques. La Commission des institutions de l'Assemblée Nationale veut consulter la population le plus largement possible sur les répercussions du projet de zone de libre-échange des Amériques, et elle innovera en permettant, cette fois-ci, l'utilisation d'Internet.

 

LE PROCHAIN SOMMET DE L'OÉA, EN AVRIL 2001,
AUSSI À QUÉBEC, PORTERA SUR
LES EFFETS DE LA LIBÉRALISATION

À l'issue de l'Assemblée générale de l'Organisation des États américains, à Windsor, au Canada, ce printemps, le chef de la diplomatie canadienne, Lloyd Axworthy, a indiqué que le prochain sommet de l'OÉA, le 21 avril prochain, à Québec, abordera les conséquences de la libéralisation du commerce sur les droits de la personne. Le ministre canadien a ajouté que les adversaires de la mondialisation et du libre-échange pourront se faire entendre à Québec à condition de manifester pacifiquement.

Lloyd Axworthy a, par ailleurs, ratifié la Convention interaméricaine contre la corruption. Le Canada se joint ainsi à une vingtaine de pays de l'OÉA qui se sont engagés à combattre la pratique des pots-de-vin.