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PROFIL D'ENTREPRISE

L'acquisition de DiCOS n'est qu'un début
TeraXion attend le marché des 40 Gb/s de pied ferme

Par Daniel Allard
 

Les cinq dernières années furent surtout tourmentées pour les entreprises du monde des TI. TeraXion y a pourtant pris son élan et les augures semblent très bons. Fondée en avril 2000, alors que l'industrie des technologies de l'information atteignait encore des sommets, la jeune entreprise qui conçoit et fabrique des produits de pointe destinés aux réseaux de transmission optiques à haut débit fait surtout affaire avec les grands manufacturiers d'équipement d'origine. Dès le mois d'août de la même année, au retour de la foire NFOEC 2000, au Colorado, tout va d'ailleurs pour le mieux : « Nous étions rentrés de Denver avec assez de contrats pour déjà préparer l'agrandissement de nos locaux, ici au Parc technologique », raconte le Dr. Martin Guy, vice-président, Technologies et un des quatre fondateurs de l'entreprise.

Sa force : une ligne de composants optiques originaux, ClearSpectrum™, qui permet aux manufacturiers d'équipement de mieux gérer les troubles de transmission optique causés par la dispersion. TeraXion offre présentement des produits pour le marché des télécommunications, des lasers à fibre et des capteurs optiques pour un total d'une douzaine de produits. Grâce à sa flexibilité de production, elle offre également des produits de filtrage optique sur mesure pour diverses applications. Bref, du haut savoir, essentiellement basé sur la plateforme technologique des réseaux de Bragg, pour lequel TeraXion se fit rapidement un nom à travers le monde et qui convainc aussi les investisseurs en capitaux de risque. Ceux-ci n'hésiteront pas à l'appuyer à coup de plusieurs dizaines de millions $. En fait, pour un total atteignant maintenant les 28,5 millions $US.

28,5 millions $US
en capitaux de risque
engagés

À titre de compagnie à propriété privée, TeraXion avait complété une première ronde de financement de 18,5 millions $US en mars 2001, avec pour partenaire clé Sumitomo Corporation Group, ainsi que des investisseurs institutionnels tels que la Banque de développement du Canada, Innovatech Québec et la Banque Royale du Canada. Wynnchurch Capital et LBG Capital y allant aussi d'une augmentation de leurs parts existantes dans l'entreprise. Deux ans plus tard, en mars 2003, elle obtient 10 millions $US supplémentaires dans le cadre d'une deuxième ronde de financement avec SGF Tech comme principal investisseur, des rallonges des actionnaires actuels et l'arrivée d'un nouvel investisseur, Entrepia.

« Le dernier 10 M$ de mars 2003 nous permet encore des acquisitions », indique Martin Guy, au fil de l'entrevue réalisée dans son bureau à Québec, fin mars 2005. Mais avant de réagir aux turbulences de l'effondrement de l'industrie des TI du tournant des années 2000 en procédant à des fusions/acquisitions, les dirigeants de TeraXion élaborèrent d'autres stratégies : « Pour traverser la crise des TI, nous avons d'abord décidé de vendre notre expertise. Ce qui a permis d'obtenir des contrats de R&D, principalement aux USA, en 2003 et 2004 (...)Nous avons aussi regardé hors du marché des télécommunications, en identifiant principalement deux autres marchés cibles : celui des lasers à fibre, pour les composants et les sous-systèmes, et celui des capteurs optiques... Une stratégie qui génère déjà des ventes », détaille Martin Guy.

Mais la croissance par acquisition fait aussi partie de son cheminement depuis l'acquisition de Phaethon Communications, qui était alors une entreprise de la Silicone Valley, à Fremont, en Californie : « Nous l'avons acquise, en décembre 2002, pour sa technologie », explique Martin Guy.

Et c'est un peu la même histoire qui vient de se répéter, début 2005, mais cette fois avec une autre entreprise du Parc technologique du Québec métropolitain (PTQM) : « Avec DiCOS, c'est pour acquérir une nouvelle plateforme technologique et générer des contrats de développement. Mais aussi, à cause de leur expertise en source laser, dans le but avoué de percer le marché des capteurs optiques », complète-t-il.

« Notre stratégie est d'ailleurs de procéder à d'autres acquisitions... », poursuit M. Guy, ce bien qu'il confirme « ...qu'il n'y a pas de négociations en ce sens actuellement. (...) On a cependant des cibles en vue... des entreprises complémentaires, pas nécessairement concurrentes ».

TeraXion  acquiert DiCOS Technologies Inc.

En confirmant, le 29 mars 2005, l'acquisition de DiCOS Technologies, les dirigeants de TeraXion ont démonté leur volonté d'étendre leur offre de produits et services à d'autres domaines d'application de la photonique. DiCOS Technologies est reconnue mondialement pour son expertise en contrôle et stabilisation de fréquence optique. La compagnie a notamment développé des produits qui permettent de donner à des sources lumineuses comme les lasers, une pureté spectrale comparable à celle des horloges atomiques. De telles sources sont utilisées dans des applications aérospatiales et militaires de spectroscopie, de métrologie et de télémétrie permettant de faire des mesures de distance très précises.

« (...)La vocation des deux entreprises étant d'offrir des produits de filtration et de contrôle de la lumière, ce regroupement de deux lignes de produits complémentaires créera forcément de belles synergies... Nous sommes de plus en plus actifs dans le domaine des capteurs optiques, notamment en offrant des sondes fibrées. Pour interroger ces sondes, des sources lumineuses sont requises et l'expertise de DiCOS en contrôle de fréquence nous permettra d'offrir des solutions plus complètes et très compétitives », affirma alors Alain Chandonnet, le président de TeraXion.

Mais qu'importe les prochaines décisions de la haute direction à l'égard d'éventuelles acquisitions, avec plus de 90% de ses revenus hors Canada, principalement aux USA et en Europe, la compagnie de Québec doit aussi continuellement surveiller la concurrence. Et à ce titre, Martin Guy remarque que le marché envoie des signaux de changements.

« On sent l'émergence de nouveaux joueurs asiatiques : Chine, Thaïlande... Je commence à entendre parler de l'Europe de l'Est, où il y a beaucoup d'expertise et des coûts de main-d'œuvre intéressants », observe-t-il.

Une concurrence
de plus en plus
multiple

Ce n'est donc pas une surprise de l'entendre dire aussi : « Notre défi de toujours, c'est d'innover. » L'innovation commande invariablement des efforts de R&D et la compagnie y consacre donc une importante proportion de son chiffre d'affaires.

« TeraXion investit environ 20% de son chiffre d'affaires en R&D. Cette proportion est comparable aux autres entreprises oeuvrant dans des domaines similaires aux nôtres. Ces investissements sont nécessaires, afin de maintenir notre niveau de compétitivité et d'innovation et ce tant au niveau des nouveaux produits que des procédés manufacturiers associés à ces produits. Il est important de mentionner ici qu'une des forces de TeraXion repose sur ses procédés manufacturiers innovateurs. Les efforts R&D investis dans le développement des procédés manufacturiers au cours des dernières années permettent aujourd'hui à TeraXion d'offrir des produits à forte valeur ajoutée possédant des performances et une fiabilité inégalées dans le marché », précise-t-il à ce sujet.

Et les résultats sont là! Au cours des dernières années, l'introduction de nouveaux produits c'est faite à un rythme de 2 à 3 nouveaux produits par année. Cette tendance devrait se maintenir cette année. D'ailleurs, TeraXion a lancé en mars 2005, dans le cadre de la conférence OFC, à Anaheim (qui est la plus grosse conférence pour l'industrie des communications par fibre optique), un nouveau produit destiné principalement aux nouveaux systèmes de télécommunication à 40 Gb/s.

Et même si le terrain de volley-ball et l'espace BBQ, tout en façade de l'édifice très design que s'est fait construire TeraXion dans le PTQM, témoignent d'un souci pour la bonne humeur des ressources humaines de l'entreprise, tout comme à l'intérieur, frappe encore, l'immense espace commun ultra fenêtré pour prendre les pauses, c'est la capacité à générer l'innovation qui demeure ultimement l'enjeu.

« Oui, nous sommes au Parc technologique pour longtemps. Nous avons d'ailleurs acheté un terrain très grand en prévision de s'agrandir encore... » Pourquoi au PTQM ? Oui, pour la stabilité des infrastructures. Oui, pour la qualité de vie. Mais aussi pour la proximité avec l'INO (TeraXion est d'ailleurs membre de l'Institut national d'optique) et pour l'expertise des autres entreprises sur place, justifie d'un souffle Martin Guy.

Formé à l'Université Laval, le Dr. Martin Guy s'est d'ailleurs joint d'abord à l'INO, en 1996, à titre de chargé de projet dans le Groupe photonique où il dirigeait les activités de R&D sur les composants passifs, les amplificateurs optiques et l'instrumentation pour les systèmes de communication WDM. Il est devenu chef des technologies de l'équipe des communications optiques à l'INO en 1998. Un chemin que connaît aussi le président de TeraXion Alain Chandonnet : de 1991 à 1999, il a été chargé de projet et directeur du Groupe photonique à l'INO. Des antécédents qui expliquent pourquoi TeraXion fait partie de la liste de « Spin off » de l'INO, cette stratégique institution de recherche privée sans but lucratif installée aussi au Parc technologique du Québec métropolitain et dont l'un des mandats est justement de favoriser la naissance de nouvelles entreprises technologiques.

Autant d'avantages que TeraXion ajoute à sa propre salle blanche, à ses laboratoires de R&D, à des équipements de haute technologie ultra performants, puisque sa clientèle de base, les équipementiers de matériel de télécommunication, exige que 100% des produits soient testés avant la livraison.

Toute cette capacité d'innovation (l'intégration de DiCOS, avec sa dizaine d'employés, fait passer TeraXion à 70 employés) se mobilise d'ailleurs sur un enjeu majeur pour l'avenir de l'entreprise : le 40 Gb/s!

En route
vers le marché
des 40 Gb/s

« C'est le prochain saut technologique en matière de capacité des réseaux de télécommunication. Les systèmes actuels, qui fonctionnent à 2,5 ou 10 gigabits/sec, vont passer à 40 gigabits/sec commercialement d'ici 12 à 18 mois... C'est ce qui mobilise le plus notre attention actuellement... Tous les concepteurs de système qui se préparent à ce saut, nous travaillons avec eux... C'est de là que va provenir l'essentiel de notre croissance en télécommunication », avance le Dr Guy plein de confiance. 

Pour donner une idée de ce qui se prépare en la matière, le prochain produit de TeraXion se décrit comme suit : des composants accordables pour réseaux agiles !

Bien que les déploiements commerciaux de ces nouveaux systèmes à 40 Gb/s stimuleront définitivement le développement de nouveaux produits chez TeraXion, son dirigeant en dévoile cependant très peu à propos du chiffre d'affaires : « Je peux toutefois mentionner que la compagnie vise une opération cash-flow positive pour 2005. (...)Pour les prochaines années, la croissance du chiffre d'affaires devrait se situer entre 30% et 50% par année. »

Il n'y a pas de plan à court terme pour l'ouverture de bureaux à l'étranger, bien que de futurs développements commerciaux importants dans certaines régions du monde pourront les amener à reconsidérer leur position à ce sujet. Et devenir une compagnie cotée en bourse fait effectivement partie d'une des stratégies de croissance de la compagnie, mais : « Avant tout et à plus court terme, l'objectif est de faire croître les revenus et d'augmenter la taille de notre marché adressable (sic) », expose ici Martin Guy.

C'est en découvrant ce que signifie le nom de la compagnie qu'on réalise finalement toute l'ambition engagée par ses fondateurs : « Tera » pour térabit par seconde et « aXion » pour action! La combinaison des deux mots, TeraXion, se voulant le reflet du marché auquel la compagnie s'attaquait (les composants pour les futurs systèmes de télécommunications optiques à haut débit), ainsi que le dynamisme et l'énergie avec lequel elle veut agir. Mais il faut savoir qu'envoyer des données à 1 térabit/s (1000 milliards de bits par seconde) est 100 fois, oui 100 fois, plus rapide que les plus rapides taux de transmission de données actuellement utilisés dans les systèmes commerciaux, soit 10 Gb/s (10 milliards de bits par seconde)!

Que ceux qui pensent qu'il n'y avait pas de gens d'affaires aux ambitions titanesques à Québec se rétractent!

TeraXion :      www.teraxion.com
DiCOS :        
www.dicostech.com

 


 

L'entreprise faisant l'objet de ce profil a été choisie avec l'implication de l'équipe de professionnels qui administre le Parc technologique du Québec métropolitain, dans le cadre d'une collaboration spéciale.

Fait à Québec le 21 avril 2005.