Combien vaut le Labrador ?

La province orientale canadienne de Terre-Neuve et Labrador semble dans une impasse. Les belles heures du pétrole super rentable semblent du passé et son projet hydroélectrique de Muskrat Falls, sur le rivière Bas-Churchill, n’en finit plus de ne pas finir. Son coût projeté initial de près de 7 milliards $ est maintenant de l’ordre des 14-15 milliards. Le fiasco économique passe de plus en plus à la crise politique, dans une province à la faible démographie.

Dans un récent
sondage,
45% de la population
dit non
à Muskrat Falls !

« Il n’est plus exclus qu’il soit carrément abandonné », selon un article récent du Globe and Mail. Lancé en pleine période florissante, en 2007, par le premier ministre Danny Williams, ce projet de 824 MW devait pourtant affranchir la province des centrales thermiques polluantes. Le gouvernement fédéral canadien, sous le premier ministre Harper, s’était d’ailleurs permis de garantir les emprunts de 6,3 G$, accordée en 2013 et requis à l’origine pour financer le projet dans le but d’en faire diminuer le taux de financement ; et 2,9 milliards de garantie de prêts se sont ajoutés depuis. Au grand déplaisir du Québec, notamment.

Actuellement, ce même Québec ne voit par ailleurs aucun avantage à acheter l’énergie du projet Muskrat Falls, essentiellement parce que les lignes de transport opèrent présentement au maximum de leur capacité et que l’excédent de Muskrat Falls ne pourrait jamais suffire à rentabiliser la construction d’une nouvelle ligne.

Et parce qu’on n’est justement pas parvenu à une entente avec Hydro-Québec sur le transport de l’électricité à travers le Québec, l’opérateur Nalcor a prévu deux liens sous marins, un reliant le Labrador à Terre-Neuve, l’autre allant jusqu’à la Nouvelle-Écosse pour éventuellement rejoindre le marché américain. La Nouvelle-Écosse s’étant engagée à investir à hauteur de 20 % des coûts de Muskratt Falls en échange de 20 % de l’énergie qui sera produite, c’est donc un câble sous-marin dans le détroit de Cabot qui doit acheminer sous la mer l’électricité aux consommateurs néo-écossais.

ET SI QUÉBEC…

Mais l’intervention du Québec pourrait résoudre la complexité de cette situation si on envisageait une nouvelle ligne de 1 200 km (3 à 4 milliards $) rentabilisable à condition de réaliser simultanément le projet encore plus grand de Gull Island, d’une capacité de 1 711 MW.

Rendu ici, c’est l’histoire qui nous rattrape, pour épaissir encore l’impasse, car on doit se rappeler que le Labrador fut détaché du Québec – et donc du Canada aussi ! – par le Conseil privé de Londres, en 1927, pour être rattaché à Terre-Neuve, alors encore colonie britannique. Et plusieurs rivières, autant de la Côte-Nord québécoise que du côté Labrador, ne seront probablement jamais développées à cause de cette « frontière » toujours disputée entre Terre-Neuve et le Québec, devenues provinces d’un même pays depuis 1949. Un délimité qui divise le territoire selon la logique des bassins de drainage.

S’ajoute ensuite l’affaire Churchill Falls. Par contrat dûment négocié dans les années 1960, Hydro-Québec, qui a finalement payé toute la facture, reçoit en retour jusqu’en 2041 toute l’électricité produite par la centrale, en payant Terre-Neuve un quart de cent le kW. Oui : 0,25 cent ! La puissance installée de Churchill Falls, mise en service en 1971, atteint 5 300 mW et vaut environ le huitième de l’approvisionnement en électricité du Québec. Terre-Neuve aimerait bien se voir déjà en 2041, ou tout renégocier. Mais « un contrat, c’est un contrat », dixit la Cour suprême du Canada.

Impasse ! Impasse ? Peut-être pas, en innovant un brin…

La proposition a été faite que Québec fasse don d’une production d’énergie de 1 000 MW à Terre-Neuve en échange du Labrador !

Arguant que l’on corrigerait ainsi « à l’avantage de toutes les parties l’erreur catastrophique du Conseil privé de Sa Majesté ».

De plus, une telle entente permettrait d’envisager de débloquer la réalisation d’une dizaine de projets importants potentiels en offrant parallèlement aux Premières Nations un avenir plus positif que le statu quo.

Alors combien vaut le Labrador ?

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Source de la carte: wikipedia.org

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Daniel Allard
Rédacteur en chef

Depuis 1997, Daniel Allard a fondé et dirige le cyberjournal Commerce Monde. Il a aussi co-fondé, en 2013, l’Association des sociétés québécoises cotées en Bourse, tout en organisant un Gala annuel des sociétés en Bourse (2008 à 2015).


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