Biosphère 2 : la suite sauvera peut-être les récifs coralliens

Biosphère 2 – ou Biosphère II – fut ce site expérimental construit entre 1987 et 1991 par Space Biosphere Ventures pour reproduire un système écologique artificiel clos dans ce qui était alors le désert de l’Arizona. L’idée de la colonisation de Mars était derrière les visées des promoteurs. L’expérience, baptisée « Biosphère 2 », considérait que la Terre était « Biosphère 1 ». Pas moins de 200 millions $US furent fournis par le promoteur financier principal, Edward Bass, jusqu’à la reprise du site par Arizona University en 2007. Et c’est la suite qui devient intéressante…

Erreur fatale sur l’oxygène

Le 26 septembre 1991, l’équipe de quatre femmes et quatre hommes de la première mission entrait fébrilement dans le dôme clos pour un séjour prévu continu de 24 mois : Roy Walford, Jane Poynter, Taber McCullum, Mark Nelson, Sally Silverstone, Abigail Alling, Mark Van Thillo et Linda Leigh.

Après treize mois de mission, le taux d’oxygène est dramatiquement abaissé, ne chiffrant que 14%, un taux normal devant être de 21%. Après de longs débats, l’injection d’oxygène pur dans le dôme s’impose et brise la règle du confinement total, donc la crédibilité de l’expérience. La mission se termine tout de même, comme prévu, le 26 septembre 1993.

Si l’enthousiasme scientifique du départ n’y est plus, la réussite commerciale est néanmoins présente, alors que 450 000 spectateurs payant, se sont rendus sur place pour assister à l’expérience sur les deux ans de la durée de cette 1e mission. Le site devenant la deuxième attraction de l’Arizona après le grand Canyon. Une 2e mission avortera, sous la discorde des acteurs, en 1994.

Maintenant situé dans la périphérie de Tucson, le site intéressa des promoteurs immobiliers et le 5 juin 2007, la structure et ses terrains environnants de 668 hectares furent vendus pour 50 M $US. Mais le 26 juin de la même année, Arizona University annonça qu’elle pourrait reprendre des recherches au sein de « Biosphère 2 » et que des dons privés pourront permettre de financer les recherches et les coûts d’entretien pour au moins trois années.

Il y avait donc un « Biosphère 2 », la suite…

En savoir plus sur les 2 missions : https://fr.wikipedia.org/wiki/Biosph%C3%A8re_II

Si le déclin inattendu des niveaux d’oxygène atmosphérique explique l’échec de l’expérience initiale, le legs de cette méga aventure est peut-être plus vers l’avenir de l’Océan mondial.

Bien isolée en zone désertique, à la bordure des monts Santa Catalina, la méga structure de « Biosphère 2 » fut construite pour tenter de recréer un écosystème viable et en plus du terrain agricole pour nourrir les huit humains du projet, le tout reconstituait les 7 mésocosmes suivants : la forêt tropicale humide, le désert, la savane arbustive épineuse, la savane, le marais, la mangrove, et particulièrement l’océan et son récif corallien.

Oui, l’océan et son récif corallien, son si précieux et menacé récif corallien.

Le mésocosme « océan » de Biosphère 2.

Et au cours des expérimentations, ledit récif corallien en place avait très bien répondu aux changements dans la composition de l’atmosphère, aussi aux changements de l’intensité lumineuse. De même encore pour des changements à des conditions climatiques adverses. Dans une publication scientifique de 2003, les chercheurs J. P. Allen, M. Nelson et A. Alling : «The legacy of Biosphere 2 for the study of biospherics and closed ecological systems», dans Adv. Space Res., 31(7), documentent le sujet.

On sait aussi, de la même source, qu’après les deux ans (1991-1993) du déroulement de la première mission, 87 nouvelles colonies de corail ont alors été dénombrées.

Autre donnée – qui n’est pas anodine, alors que l’on sait que partout sur la planète les récifs de corail sont en dangereuses positions et souffrent de menaces à l’échelle du rôle de pouponnière océanique que lesdits récifs jouent -, il a été démontré là que la croissance des récifs était très affectée par des changements dans la concentration en carbonate dissous (un doublement de la concentration atmosphérique de CO2 réduisant la production de CaCO3 par les récifs coralliens de 40%). Cette donnée, ici de 2004, du duo Walter et Lambrecht, selon leur article « Biosphere 2 Center as a unique tool for environmental studies » dans Journal of Environmental Monitoring 6:267-277, devant la confirmation généralisée in situ dans l’océan mondial du même phénomène, donne au laboratoire drôlement plus accessible qu’est « Biosphère 2 » que les sites en pleine mer, une solution de recherche de solutions certainement bienvenue.

Legs parmi d’autres, les projets ayant eu cours dans le biome de « Biosphère 2 » ont donc permis de faire des découvertes pertinentes et, peut-être, prometteuses sur les récifs coralliens.

Bien loin des initiaux rêves d’hommes sur Mars et consort, la suite de « Biosphère 2 » sauvera peut-être les, bien terriens, récifs coralliens, qui ont ici bas bien besoin de tout aide possible.

(Source des images : Wikipedia.)

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Daniel Allard
Rédacteur en chef

Depuis 1997, Daniel Allard a fondé et dirige le cyberjournal Commerce Monde. Il a aussi co-fondé, en 2013, l’Association des sociétés québécoises cotées en Bourse, tout en organisant un Gala annuel des sociétés en Bourse (2008 à 2015). Pour 2018, il vous prépare www.LiNNOVarium.com …


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